Je sais des choses. Je vais vous les confier. Je ne vous dirai pas tout car je ne sais pas tout, mais je vous révèlerai tout ce que j’ai appris. Ce que j’ai vu et entendu, et dont j’ai pu ensuite apprécier la réalité.
Bonin Ouaib a changé. Sont concernés même ceux qui ont loupé les épisodes précédents, car dans la vie d’un groupe de telles mutations touchent bien plus que le cercle de ses membres. En l’occurrence un triangle, puisqu’un trio, même si par moments on jurerait qu’ils sont beaucoup plus que ça. En concert aussi, pas seulement sur l’album. J’y étais. Au tout premier. Et au tout premier rang. Rien à voir avec les prestations de l’an passé. La ville nocturne de l’ancien décor a cédé la place à des voiles volutes que je renonce à vous décrire ici faute d’espace mais l’architecture est intacte : trois amis en trois dimensions.
Grégory côté jardin à la basse et aux chœurs, qu’il partage avec Mathieu côté cour derrière fûts et cymbales. A l’avant-scène (à l’avant-centre ?) Jérémy gratte, choruse et chante, mais plus seulement. A ses pieds s’étend désormais un paysage de câbles et de boîtiers qui n’est sans doute pas pour rien dans la métamorphose 2007. Une interface permettant au Bonin Ouaib vivant de dialoguer avec le Bonin Ouaib préenregistré ? Aucune idée : j’étais dans la salle, comme vous demain, du côté obscur de l’écran plasma qui rayonnait sur leurs visages.
A propos d’écran, j’ai également manqué l’instant historique où le Bonin Ouaib du net est apparu à Jérémy au tout premier matin du groupe, et aussi celui où il l’a incité / autorisé à porter son nom. Un être humain pas plus virtuel que vous et moi, contrairement à ce que croit la légende. Juste un petit prince de chair et d’os égaré dans la cybertoile, qui nous observerait sans webcam ni faisceau infra-rouge tels des poissons malades dans un bocal pollué. Je connais bien sûr son image grâce au site mais j’étais hélas en voyage au début de l’été dernier lorsqu’ils ont eu cette conversation au terme de laquelle rien ne serait plus comme avant.
Je les aimais pourtant, les chansons des précédents enregistrements à tirage limité qui, j’en suis sûr, feront un de ces quatre le bonheur des collectors. Mais cette page-là est tournée. Un répertoire nouveau a éclos cet automne comme poussent les champignons, à raison d’un titre par semaine incluant composition, écriture, rodage, concertations, arrangements, répétitions et finalisation. Le making-off ci-joint vous donnera une idée du processus d’éclosion, mais jamais un comment n’expliquera un pourquoi. Et pourquoi il fallait que ce fût fait d’un jet, comme une urgence de volcan.
A première écoute, il est apparemment question de Superhéros et de Dictators qui cherchent A l’horizontale l’Issue de secours d’un Carton de rue à 5 heures 40. A moins que, Désillusion, Quoiqu’en disent les gens, Elle rêve, Notre histoire ? Tout s’emmêle dans ma tête et c’est de ma faute : la rançon d’avoir espionné. J’aurais dû avoir, comme vous, la patience d’attendre que l’œuvre soit achevée, mixée, cellophanée.
Des bribes de phrases, des strates d’harmonies, des parfums de refrains me reviennent en mémoire. J’ai bien envie de m’y replonger, là, maintenant, tout de suite, sans plus attendre. Si on y allait ensemble ?
Daniel Angelo
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